Réglement intérieur – article 3

Je hais les bavards, ce besoin compulsif d’engloutir l’espace sonore et mental de leur propos redondants, de leur mots inutiles, de leurs paraphrases et de leurs tautologies, ce besoin de parler sans arrêt, parler, parler, parler, sans jamais reprendre leur souffle, vous savez un petit point, une petite respiration, au moment où vous croyez que ça y est, ils en viennent à bout, non, ils continuent finalement, comme s’il y avait encore quelque chose à dire après que tout eut été dit, car tout a été dit, n’en déplaise à ces drogués de la logorrhée qui préfèrent ouvrir leur bouche au cas où quelque chose de réel s’échapperait durant leur silence, mieux vaut couvrir, et qui mieux qu’eux peut couvrir et ils se lancent dans une démonstration sans conclusion, des prémisses éternels, non mais vas-y, jouis un bon coup et lâche nous la grappe, faut arrêter de confondre préliminaires de bon aloi et tourner autour du pot sans jamais toucher au climax, à force c’est nos oreilles qui sont en surchauffe et je te garantis que ça n’a rien d’érotique, parce qu’ils sont prêt à dire les trucs les plus idiots, employer les comparaisons les plus oiseuses, les métaphores les plus creuses, les associations d’idée les plus dérivantes, tel une bouée sur une mer de syllabes, de babilles, de blablabla de je ne sais quoi mais jamais, jamais ils ne terminent leur phrase, et plus on s’en fout plus ils continuent, et même si tu ne t’en fous pas, ils continuent quand même, et franchement, sincèrement, honnêtement, carrément, vraiment quoi, je les hais tellement, je pourrais en parler des heures, les bavards, parce que je hais les bavards, ce besoin compulsif d’engloutir l’espace sonore et mental de propos redondants

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Fondations – 2

C’est un petit escalier qu’on ne quitte vraiment jamais, un petit escalier de trois marches au milieu des jambes, et toute l’enfance posée dessus, en train de jouer sans vraiment rien faire, sensible à la vie comme le baigneur à la vague, et uniquement à cet âge-là puisque plus jamais après – et ça ne l’était pas non plus avant – les marches ne seront à sa taille, ou il faudra des lieux grandioses comme les théâtres antiques pour retrouver cette échelle, il faudra de la comédie, la jeunesse en aura plein heureusement, quand on sera heureux de s’asseoir par-terre deux à deux à narguer le temps qui passe, et puis il y aura la littérature heureusement, en littérature, on pourra toujours s’asseoir dans l’escalier, comme Carson Mc Cullers, et un instant, tout savoir du monde